Carl Bildt à la Une du Monde

Carl Bildt à la Une du Monde

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Mardi 18 mars. Une fois n’est pas coutume, le ministre des Affaires étrangères suédois – Carl Bildt – est apparu lundi soir à la Une du site Internet du quotidien français Le Monde, avec juste derrière son homologue français, Laurent Fabius. Avec en titre, « Sanctions contre la Russie : les Européens frappent moins fort que les Américains ».

Quelles sont donc les décisions prises le 17 mars par le Conseil des affaires étrangères, au lendemain du référendum organisé en Crimée sur son rattachement à la Russie ? Sanctionner 21 « responsables d’actions qui compromettent ou menacent l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, ainsi que des personnes et entités qui leur sont associées ». Ces personnes ont interdiction de pénétrer sur le territoire de l’UE et leurs avoirs sont gelés.

Dans son briefing, Carl Bildt a expliqué que cette sanction était une 1ère étape et que si la Russie « allait plus loin », l’Union européenne « irait plus loin » dans les sanctions, sans préciser en quoi cela consisterait. Le ministre suédois a toutefois rappelé qu’il était nécessaire de maintenir tous les canaux de discussion ouverts avec la Russie.

La décision européenne résulte d’un compromis – comme toujours – entre des positions dispersées au sein de l’Union où les intérêts divergent selon l’implication financière et les relations de chacun des Etats membres avec la Russie et l’Ukraine.

Un point important de désaccord portait sur un embargo que l’Union européenne pourrait décider sur la vente d’arme à la Russie. La Suède y est très favorable et Carl Bildt a déclaré qu’il n’existait « aucune argument valable » pour ne pas l’appliquer à la Russie dont « l’UE a déjà déclaré qu’elle avait commis un acte d’agression ». Cependant, la France y est opposée. Cela s’explique facilement quand on sait qu’à Saint Nazaire, elle recevra à la fin du mois 400 militaires russes qui prendront possession de deux navires porte-hélicoptères vendus par la France à la Russie.

On comprend alors la difficulté de mettre en place une « politique étrangère » européenne. Les 28 Etats membres ont chacun des intérêts économiques, politiques et diplomatiques particuliers résultant d’un long processus historique. La définition d »une politique étrangère européenne exigerait d’abord de définir l’intérêt de l’Union dépassant celui de chacun des 28 Etats. On en est encore très loin.

Les autres puissances ne connaissent pas ce dilemme. La politique étrangère des Etats-Unis, de la Chine ou de la Russie défend l’intérêt national facilement identifiable. Leurs positions peuvent alors paraître plus fortes puisqu’elles ne sont pas le fruit de compromis entre Etats fédérés ou régions.

Pourtant, si on peut critiquer le manque d’ardeur voir le manque tout court de politique étrangère européenne, on peut aussi s’interroger sur celle des Etats-Unis. Dans le cas de la Russie, les sanctions américaines ne sont pas beaucoup plus violentes que celles décidées par l’Union européenne. Quelle est la différence ? Les Etats-Unis ont inclus dans la liste des personnes visées par les sanctions des membres du gouvernement russe (7)  et des patrons de groupes industriels (4). La différence est en fin de compte seulement symbolique. Les sanctions américaines ne devraient pas peser vraiment plus que celles de l’UE.

La politique étrangère américaine doit aussi composer avec différents intérêts : les intérêts financiers mais aussi l’intérêt qu’ils portent à l’Europe. Les Etats-Unis sont aujourd’hui plus tournés vers l’Asie et le Pacifique d’où vient d’ailleurs Barack Obama. Les frontières de l’Europe ne sont plus une priorité pour eux au point de s’engager sur le chemin d’un grave conflit diplomatique – encore moins militaire – avec la Russie.

La Russie peut alors annexer sans trop de difficultés la Crimée, voir la partie est de l’Ukraine. C’est ce qu’elle fait.

 

 

 

 

 

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