Air France et SAS
les politiques s’en mêlent

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France Suède actualités Face aux low cost, les pouvoirs politiques en France et en Suède pourraient intervenir et agir pour l'avenir des compagnies Air France et SAS
Face aux low cost, les pouvoirs politiques en France et en Suède pourraient intervenir et agir pour l’avenir des compagnies Air France et SAS

Mercredi 17 septembre 2014. Au 3ème jour de grève des pilotes d’Air France – qui contestent le plan de développement de Transavia, filiale low-cost du groupe Air France-KLM -, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron et le Premier ministre français Manuel Valls ont critiqué ce mouvement social. L’un en déclarant qu’il était inacceptable que le « pays soit bloqué par quelques uns » tout en admettant que la « direction devait faire quelques concessions », l’autre en demandant aux pilotes de reprendre le travail et d’arrêter « cette grève qui pèse lourdement sur Air France, qui pèse sur ses finances, qui pèse sur l’attractivité et sur l’image du pays ».

La grève dont le préavis s’étend jusqu’au 22 septembre a entraîné l’annulation de 60% des vols depuis le début du conflit, lundi dernier. Et des pertes financières significatives, estimées par le président du groupe Alexandre de Juniac entre 10 et 15 millions d’euros par jour. Celui-ci a même prévenu que le retour à la profitabilité de la compagnie pourrait être retardé si l’arrêt de travail devait s’éterniser.

Au coeur du conflit se trouve la stratégie de développement d’Air France-KLM présentée le 11 septembre aux investisseurs et qui repose essentiellement sur le transfert de ses activités court et moyen-courriers – fortement déficitaires – vers sa filiale Transavia. Celle-ci, selon ce plan devrait devenir en Europe un acteur majeur du transport low-cost grâce à la création d’une nouvelle entité pan-européenne avec des bases implantées hors de France et des Pays-Bas. Avec à la clé, des salariés travaillant sous contrat local.

De quoi faire hurler les pilotes d’Air France – qui ont reçu le soutien de leurs collègues de KLM – craignant l’émergence au sein du Groupe d’un pôle de pilotes effectuant plus d’heures de vol pour des salaires moins élevés. Et qui avec le temps, finirait par faire pression sur les conditions de travail et de rémunération des pilotes d’Air France et de KLM.

Les compagnies low-cost ont radicalement changé le secteur du transport aérien. D’abord aux Etats-Unis, puis en Asie et en Europe.

La compagnie scandinave SAS est durement concurrencée; non seulement par Norwegian, la compagnie low cost norvégienne, mais aussi par Ryanair, easyJet, Air Berlin ou encore Germanwings. Par ailleurs, SAS ne dispose ni d’un réseau long-courrier – activité plus plus rentable – ni d’un large marché domestique, comme Air France-KLM ou Lufthansa, qui lui permettraient de disposer de plus de ressources financières pour équilibrer ses comptes. De plus, même sur son maigre réseau long-courrier, SAS est également confrontée à la concurrence agressive des compagnies du Golfe (Emirates et Qatar) et de Turkish Airlines.

Pour survivre, SAS a dû sérieusement couper dans les dépenses : réorganisation du groupe, réduction de personnel, baisse des salaires, rationalisation de la flotte et du réseau, refonte du produit. Pour autant, les coûts du groupe scandinave restent bien supérieurs à ceux des compagnies low-cost : 32% de ses recettes vont au paiement des salaires et des retraites de ses employés, contre 9,5% pour Ryanair et 17,4% pour Norwegian. Les coûts salariaux de SAS sont trois fois supérieurs à ceux de Ryanair et deux fois plus élevés que ceux de Norwegian.

Si on rapporte la recette par salarié, SAS se trouve également mal placée par rapport à ses concurrents. Un salarié de Norwegian produit 55 000 euros, contre 52 000 pour Ryanair et 33 000 pour SAS. Mais celle-ci fait beaucoup mieux qu’Air France dont chaque salarié de rapporte que 20 000 euros.

Air France dont la direction refuse justement en ce moment de céder sur la principale revendication des pilotes grévistes : la création d’un groupe unique de pilotes au sein du Groupe, qui pourraient ainsi voler sur tous les avions (de plus de 100 places, écartant ainsi les pilotes des avions régionaux) des filiales. La direction estime en effet que ce serait une façon d’importer les coûts historiques salariaux élevés d’Air France vers ses structures low-cost.

Air France et ses pilotes trouveront certainement un terrain d’entente. Et Air France réussira probablement sa transition vers une structure plus adaptée à la concurrence sur le marché moyen-courrier. Air France dispose en outre d’avantages certains : un vaste réseau, une marque très forte, une position géographique centrale en Europe, un marché naturel important, des alliances solides et des salariés passionnés.

Autant d’avantages dont SAS ne bénéficie pas. Le changement de gouvernement en Suède, un des trois Etats actionnaires, aura-t-il un effet sur le groupe scandinave ? Le parti écologiste – qui occupera une place importante au sein du prochain exécutif – demande depuis des années la vente de la part publique suédoise dans SAS (21,4% du capital). Et si l’Etat suédois se décidait à vendre sa part, il resterait alors à trouver un acheteur. Ce qui est loin d’être évident.

Les sources :

Plan stratégique de développement d’Air France / site Internet d’Air France-KLM Finances

Actionnaires du groupe SAS / rapport annuel 2013 SAS

Coûts salariaux SAS / rapport du Work Research Institute Norway

Revendication des syndicats de pilotes d’Air France / communiqué de presse du SPAF (15 septembre 2014)

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