France, Suède
Et si la Russie ne livrait plus son gaz ?

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Et si la Russie ne livrait plus son gaz ?

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La France et la Suède ne présentent pas la même dépendance énergétique vis à vis de la Russie, une différence déterminante pour les prises de position diplomatiques.
La France et la Suède ne présentent pas la même dépendance énergétique vis à vis de la Russie, une différence déterminante pour les prises de position diplomatiques.

Lundi 20 octobre 2014. La Russie ou plutôt le sous-marin russe qui, selon les médias suédois, est en train de naviguer secrètement dans l’archipel de Stockholm, fait depuis ce week-end la « Une » de la presse en Suède. Le pays est en ébullition, la ministre des Affaires étrangères Margot Wallström reste prudente et ne désigne aucun pays dans ce qui pourrait être une intrusion des eaux territoriales suédoises mais évoque tout de même la menace qui pèse dans la région. « Ce n’est pas un hasard si mes premiers déplacements (en tant que ministre) ont été en Finlande et en Estonie ».

Le Premier ministre, Stefan Löfven, en visite d’Etat en Finlande, pays avec lequel il souhaite développer la coopération dans le domaine de la défense, a toutefois précisé qu’aucune chasse au sous-marin n’était en cours mais plutôt une opération de renseignement suite aux informations fournies par le ministère de la Défense. « Nous voulons renforcer nos capacités militaires », a-t-il ajouté.

La Suède a été, dans la crise ukrainienne, l’un des Etats membres les plus violents contre Russie. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Carl Bidt, alors en fonction, défendait l’idée de sanctions européennes fermes vis à vis de la Russie et la nouvelle équipe au pouvoir en Suède n’entend pas changer de ligne de conduite. « Il n’y aura aucun changement dans la position suédoise », a affirmé Margot Wallström, »nous maintiendrons notre soutien à l’Ukraine et nous continuerons de condamner ceux qui violent les droits des peuples ».

La recherche en cours d’un sous-marin russe dans l’archipel de Stockholm, un fait démenti par le Kremlin qui a twitté qu’il s’agissait d’un sous-marin néerlandais, et l’émoi provoquée rappellent les nombreuses poursuites par les forces suédoises dans les années 1980 de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises. Ils montrent aussi la menace ressentie dans les pays du nord de l’Europe face à la puissance russe, à la différence des pays du Sud comme la France pour qui la Russie ne représente qu’un lointain danger.

Cette menace ressentie explique la fermeté des positions de la Suède dans la crise ukrainienne. Une position qui peut d’autant plus être ferme que des sanctions appliquées à la Russie n’ont pas les mêmes impacts en Suède qu’en France, par exemple, liée à Moscou par d’importants contrats économiques.

Les matières premières sont également un autre facteur pouvant déterminer la prudence dans les positions vis à vis de Moscou prises par les différents Etats membres de l’Union européenne très dépendante de la Russie pour les hydrocarbures. La moitié du gaz consommée dans l’Union européenne est importée. La Russie, qui possède 23% des réserves mondiales contre 2,2 pour l’UE, couvre 39% de ces importations. Une part qui devrait mécaniquement augmenter puisqu’en 2030, l’Union européenne importera 80% de ses besoins en gaz.

Cette dépendance vis à vis du gaz russe est cependant très inégale selon les différents Etats membres. Dans ce domaine, les pays d’Europe centrale ou orientale dépendent à 100% de la Russie, comme la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie, contre 80% en Pologne, 65% en Autriche, 37% en Allemagne et 24% en France. Quant à la Suède, elle n’importe pas de gaz russe et ne craint dont aucune éventuelle mesure de rétorsions que pourrait décider la Russie. La Suède pourrait néanmoins être indirectement affectée par un arrêt des livraisons de gaz russe en Europe, de nombreuses sociétés suédoises étant impliquées dans ce secteur.

La crise ukrainienne et les menaces de la Russie de ne plus livrer son gaz vont peut être pousser les Européens, en plus de réduire davantage leurs consommations d’énergies fossiles, à relancer l’Europe de l’énergie en la dotant de centres de stockage, de moyens d’interconnexions, de terminaux méthaniers ou encore de gazoducs reliant entre eux les pays de l’Uniont. Si la mise en place d’un tel système européen ferait perdre un peu de souveraineté dans le domaine de l’énergie  aux Etats membres de l’UE, il présente l’énorme avantage de les rendre chacun moins dépendant d’une Russie imprévisible.

Les sources :

– Importations du gaz russe / Eurostat

 

 

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