Magdalena Andersson
étonnante ministre suédoise

Magdalena Andersson
étonnante ministre suédoise

Partagez

Mardi 6 mars 2018. La semaine dernière, la ministre des Finances suédoise, Magdalena Andersson, répondait à l’Assemblée nationale (Riksdagen) à une question posée par un député du parti des Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna), Adam Marttinen.

Celui-ci demandait au gouvernement pourquoi il n’envisageait pas d’interdire la mendicité qui prolifère en Suède depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007.

En effet aujourd’hui, il n’est plus possible de pénétrer dans un supermarché sans passer devant un ou une mendiante vous saluant par un « Hej Hej! » dit d’une façon mécanique. La très grande majorité d’entre eux viennent de Bulgarie et de Roumanie. Organisés en bandes, ils occupent le trottoir de toutes les communes de Suède, même dans les coins les plus reculés du pays.

La ministre des Finances suédoise a alors répondu au député, qu’interdire la mendicité ne résoudrait pas le problème, car les forces de police n’auraient pas les moyens de faire respecter cette interdiction, compte tenu des faibles ressources financières dont elles disposent.

En revanche, reconnaissant que la mendicité est organisée de façon mafieuse, elle a déconseillé aux Suédois de donner l’aumône aux mendiants, car chaque don contribue à favoriser la traite des êtres humains.

Voilà qui est étonnant. La ministre des Finances reconnaît que la mendicité est une activité mafieuse.  Elle affirme par ailleurs que la mendicité ne doit pas être une activité tolérée, ni un moyen de subsistance en Suède. Mais considérant que l’Etat suédois ne dispose pas des moyens nécessaires pour lutter contre sa pratique, elle estime qu’il ne fallait pas l’interdire.

Le plus remarquable, est qu’elle laisse alors le soin aux Suédois de régler le problème en leur demandant de ne pas donner aux mendiants. Elle transfère aux citoyens ordinaires la charge de résoudre un problème dont l’Etat a l’entière responsabilité, à savoir faire respecter l’ordre et assurer la sécurité de ses citoyens.

Pourtant, il n’est même pas besoin d’interdire la mendicité pour mettre un terme à cette activité mafieuse. Les règles européennes existent déjà et permettent l’expulsion des mendiants.

D’abord, l’article 45, paragraphe 3, du traité prévoit que tout Etat membre peut limiter l’entrée ou le séjour de certains citoyens « pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique et de santé publique ». Or, en admettant que la mendicité en Suède est liée à la traite des être humains, la ministre reconnaît qu’il y a là un problème d’ordre et de sécurité publique.

Ensuite parce que les règles européennes disposent qu’un Etat Membre peut reconduire un citoyen de l’Union dans l’incapacité de justifier d’un travail ou de ressources suffisantes pour vivre. Depuis cinq ans, chaque soir quand je me rends à mon supermarché, je croise la même mendiante qui visiblement n’a pas de travail ni de ressources suffisantes pour vivre, sinon elle ne s’adonnerait pas à la mendicité. Comment peut-elle rester en Suède sans jamais être inquiétée par les services de police ?

Magdalena Andersson met en avant le manque de ressources de l’Etat suédois pour faire respecter la loi. C’est non seulement un terrible aveu d’impuissance, mais aussi un immense acte d’hypocrisie quand au même moment, le ministre d’Etat en visite aux Etats-Unis, le charismatique Stefan Löfven, vante la bonne santé économique du pays.

On peut alors se demander comment le gouvernement d’un Etat riche peut-il manquer de ressources financières pour exécuter une de ses tâches régaliennes, assurer la sécurité et maintenir l’ordre sur le territoire national.

Pierre Ducleau-Holberg
pierre.ducleauholberg@franskacompaniet.com

Site du gouvernement suédois :
en suédois
en anglais

Il n’existe aucune statistique officielle sur la mendicité en Suède, fait étonnant quand un ministre admet formellement qu’il y a un lien entre mendicité et traite des êtres humains.
Selon une enquête de la radio-télévision suédoise SVT menée en 2016, il y aurait entre 4 000 et 5 000 mendiants en Suède provenant pour la plupart de Roumanie et de Bulgarie.
La mendicité est interdite en Roumanie, Hongrie, Grèce, Italie, Royaume Uni, Danemark et dans certaines communes de Norvège.
▻ Lire l’article de SVT